CONNEXION

Comprendre le modèle

Un modèle idéal avec 10 points

Introduction

Le cheval s’est une affaire de goût ! Certes, mais lorsque l’on parle de confirmation pour la reproduction on doit aller au-delà des demandes individuelles. Le jugement doit avoir un caractère universel et temporel. On juge un cheval suivant les critères du moment. Ces derniers sont définis par la commission du Stud-book qui détermine les caractéristiques du cheval idéal vers lequel les produits à naître doivent tendre. C’est pourquoi certains naisseurs ne comprennent pas les jugements.

M Philippe Pluvinage a tenté, lors de la parution du Lusitano N°21, un exercice délicat d’appréciation d’un cheval lusitanien d’après photo. Rappelons qu’il est un des trop rare juge français habilité par l’APSL. (Pour une lecture plus aisée, nous vous conseillons d'agrandir les photographies et de les rapprocher du texte y faisant référence). S'il est souhaitable d'apporter toujours plus de pédagogie à la connaissance du standard de la race, l'exercice d'après photo ne peut être exhaustif dans le jugement d'un individu. Pour être plus attentif à la silhouette du cheval, sans être gêné par son identité, j'ai demandé à ce que les photos soient publiées en noir et blanc. Cela permet aussi de s'affranchir de la robe qui, selon l'observateur, peut-être plus ou moins attirante. C'est d'ailleurs un exercice auquel celui qui juge doit s'astreindre. Nous ne pouvons pas prétendre voir ici toutes les qualités requises pour illustrer le standard de la race, ni même voir tous les défauts que nous pouvons rencontrer lors des différentes commissions d'agrément. Je vous propose donc de commenter un étalon et une jument de très bonne conformation et de détailler certains défauts présentés par deux autres juments.

Décodage:

La tête rectangulaire, allongée, sèche, fine, montre un profil légèrement convexe ne donnant lieu à aucune rupture entre le front et le bout du nez.
L'oeil est elliptique, l'arcade sourcilière peu saillante.
Les oreilles sont de longueur moyenne, bien implantées, bien séparées l'une de l'autre.
L'encolure présente une très bonne silhouette bien placée sur le tronc, légèrement au-dessus de la ligne horizontale formée par la pointe des épaules. Le bord inférieur de l'encolure, légèrement concave, est presque parallèle au bord supérieur. La jonction tête-encolure est très bonne. La courbe convexe du bord supérieur de l'encolure donne la continuité entre le front et le dos.
Le garrot, prononcé, est noyé par le prolongement de l'encolure. Il vient se fondre sur le dos sans être détaché et cassant.
Le dos est bien dirigé, le lusitanien n'a pas un dos très droit du fait d'un rein tendant vers la convexité et du garrot saillant.
La croupe offre pour son profil une courbe convexe, légèrement oblique (ligne C) avec une bonne insertion de la queue qui sort dans la continuité de cette courbe.
Les membres : Antérieurs : l'épaule (E) est longue, oblique et musclée. Le bras harmonieusement incliné, fait le lien avec un avant-bras vertical (Aa) qui se prolonge dans le même axe par un canon légèrement long. Le boulet s'articule sur des phalanges alignées sur un axe à 45-50° avec le sol (Ph).
Postérieurs : la cuisse (Cu) de longueur proportionnelle à la longueur de la croupe (C) fait un angle avec le bassin de façon que la rotule se situe sous la pointe de la hanche.
La jambe, bien musclée amène le jarret légèrement coudé sous la pointe de la fesse. Le canon (Ap) s'inscrit dans le prolongement de cette verticale tirée depuis la pointe de fesse.
L'ensemble de la silhouette est harmonieux, s'inscrit pratiquement dans un carré, le port de la tête est noble.

Nous avons ici un très beau modèle de lusitanien. Bien que la photo nous montre la tête légèrement tournée vers l'observateur, nous constatons une très belle forme de tête. La ligne partant du front, légèrement convexe, passant par un chanfrein sans ondulation, se termine sans cassure par un bout de nez dont les narines ne sont pas protubérantes.

L'oeil elliptique et expressif s'insère sans saillie dans une légère convexité transversale du front. Les oreilles bien implantées, droites, sont de bonne longueur. L'encolure, bien sortie, est ample et bien dirigée.

La poitrine (P) profonde. Le dos est très bon et se poursuit par un rein court et large qui donne une jonction harmonieuse avec la croupe.

La croupe offre un profil arrondi, la ligne (C) reliant la pointe de hanche à la pointe de fesse est dans une bonne inclinaison. La courbe de la croupe est parfaitement prolongée par une queue bien implantée.

L'épaule bien oblique, bien développée, soutient un membre antérieur (Aa) bien proportionné et vertical. L'ensemble des formes est très bon, le port de la tête altier, l'oeil expressif, nous avons ici un très beau modèle de jument lusitanienne.

Le profil de la tête est bien subconvexe mais ses dimensions tendent à lui donner une forme triangulaire (T). Les oreilles sont bien implantées mais de taille un peu insuffisante.

L'encolure (En) est faible, rectiligne et triangulaire.

L'épaule est moyenne, bien inclinée, le garrot est bien sorti. La poitrine (P) est peu profonde, le rein faible ne donne pas une bonne jonction entre le dos et la croupe.

La pointe des hanches est saillante, l'attache de queue proéminente.

Les aplombs : la jument a les antérieurs (Aa) sous elle (en retrait par rapport à une ligne verticale passant par la pointe des épaules). L'axe du canon n'est pas dans le prolongement de l'avant-bras (ce qui se traduit par un genou creux). Au contraire, les postérieurs (Ap) sont campés (la verticale du canon se trouve en arrière d'une verticale passant par la pointe des fesses - ce qui serait encore plus net si la photo avait été prise strictement de profil).

Les jarrets sont très ouverts. Les principaux défauts de cette jument telle qu'elle se présente sur la photo sont dans la tête, la poitrine et les membres.

La ligne (T) tracée le long du profil de la tête en accentue les saillies formées par l'oeil et les naseaux. Le front est plat. La courbe (Co) souligne la rondeur des côtes (qui devraient être obliques) laissant deviner un dos plat que la photo nous montre plutôt ensellé.

Les membres sont très faibles (attention, la caractéristique des membres du lusitanien n'est pas dans les membres forts). La forme des jarrets (Ja) et des genoux (Ca) se distingue à peine de la ligne générale des membres.

Conclusion :

En conclusion, malgré les imperfections de l’exercice, j’espère que cette tentative permettra au lecteur de s’entraîner à décortiquer les formes du cheval lusitanien en ayant quelques repères. Je voudrais profiter de cette tribune pour honorer ici la mémoire de Monsieur Fernando d’Andrade qui, par la pédagogie de ses exposés et démonstrations et la chaleur de sa présence, savait si bien nous transmettre ses connaissances sur le cheval lusitanien, mais aussi ses doutes et son humilité. Je me permets de conseiller au lecteur de se reporter à ses écrits.

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